Elle savait exactement ce qu'elle allait dire. Elle l'avait préparé, répété, noté sur un papier le matin même. Elle s'imaginait déjà sur le terrain en train d'exceller.
Et puis elle s'est retrouvée face au public.
Quelqu'un a regardé son téléphone, une autre personne a détourné les yeux et 2 collègues ont échangé un mot entre eux.
Des choses banales, qui se produisent dans n'importe quel échange professionnel, que ce soit en réunion, en comité ou simplement dans un couloir face à un responsable.
Mais pour elle, chacun de ces gestes voulait dire la même chose, que ce qu'elle avait à dire n'intéressait personne.
À partir de là, tout ce qu'elle avait préparé s'est effondré.
Elle n'a pas arrêté de parler, elle a continué, mais elle s'est mise à réciter comme un robot ce qu'elle avait noté sur son papier.
Il n'y avait plus d'élan, plus de chaleur et plus de conviction.
Les mots sortaient mais elle n'était plus dedans.
Ce n'est pas le stress qui l'a empêchée de parler ce jour-là.
C'est le stress qui a déformé tout ce qu'elle voyait autour d'elle, au point qu'elle ne savait plus pourquoi elle parlait ni ce qu'elle engageait vraiment en prenant la parole.
Quand elle est venue me voir, on n'a pas travaillé sur sa manière de parler. On a travaillé sur sa manière de regarder les choses telles qu'elles étaient.
Un jour en séance, je lui ai simplement demandé s'il ne lui arrivait jamais, à elle, de jeter un coup d'œil rapide à son téléphone quand quelqu'un parlait devant elle, juste pour vérifier une notification ou s'assurer que tout allait bien pour ses enfants.
Elle m'a répondu, un peu gênée, que oui, ça lui arrivait.
Je lui ai alors demandé ce que la personne qui parlait aurait pu penser si elle n'avait fait attention qu'à elle et pas au reste de l'assemblée.
Il y a eu un silence et c'est là que quelque chose a basculé.
Elle a compris par elle-même qu'elle faisait exactement ce qu'elle reprochait aux autres, qu'elle se focalisait sur un geste isolé en oubliant tout le reste de la salle.
Le jour où elle a vu ça, vraiment vu, quelque chose a changé dans sa manière d'être présente face aux autres.
Son blocage à elle c'était l'interprétation du regard des autres. Pour d'autres c'est la peur de ne pas être légitime, la difficulté à trancher devant une équipe, ou l'incapacité à dire non à sa hiérarchie. Le mécanisme est différent à chaque fois mais le point de départ est toujours le même, quelque chose empêche la personne d'accéder à ce qu'elle sait déjà.
C'est exactement ce que je travaille avec des professionnels compétents quand la pression commence à brouiller leurs décisions.
Si ça vous parle, envoyez moi un message.
On prend 20 minutes pour en parler.